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C’est devenu une habitude, un effet de mode : il existe une véritable inflation du nombre de publications médico-historiques ou scientifico-archéologiques. Une étude dirigée par Frank Rühli (de Zurich), publiée dans la revue Homo a consisté en un dépouillement des innombrables articles mêlant médecine et momies égyptiennes, recensés dans la base de donnée médicale internationale Pubmed. Au total, pas moins de 131 articles ont été décomptés entre 1977 et 2005 !
Un des exemples les plus frappants de cette inflation est l’article co-signé par Zahi Hawass dans une revue prestigieuse, JAMA (Journal of the American Medical Association). Zahi Hawass, c’est le très médiatique secrétaire général du Conseil des Antiquités Egyptiennes… qui a signé lui-même les conclusions de ce travail de recherche sur les origines de Toutankhamon (qui a dit qu’un ministre de la culture n’avait pas le droit d’être premier auteur d’une publication médicale ?). Si cet article est d’importance parce qu’il signe la reprise en main de l’archéologie égyptienne par les Egyptiens eux-mêmes, il pèche par de nombreuses lacunes et approximations (voir notre analyse sur ce lien : http://pathographie.blogspot.com/2010/02/etude-paleopathologique-des-restes-de.html). On se demande parfois si ce qui prime pour certains journaux n’est pas l’effet d’annonce plutôt que la qualité même du texte et des informations communiquées…
Un autre article, bien plus court, mais bien plus sérieux (sorti très récemment dans le Lancet) fait le point sur le risque cardio-vasculaire dans l’Antiquité égyptienne ; il est signé par une équipe de Manchester. On y apprend que des lésions d’athérome (c’est-à-dire des dépôts de cholestérol plus ou moins calcifiés dans la paroi des artères) ont été identifiées sur les momies d’individus de haut statut social : pharaons (Meneptah, et surtout les ramessides : Séthi Ier, Ramsès II, III, V, VI, etc.), nobles et prêtres. Ces derniers semblaient tout particulièrement à risque de développer des maladies cardio-vasculaires en raison de leur régime alimentaire bien spécial. Ils profitaient en effet de la nourriture offerte aux dieux dans les sanctuaires en… finissant les restes.
Selon les hiéroglyphes listant ces offrandes alimentaires : pain, fruits, légumes, gâteaux, vin, bière, évidemment, mais surtout bœuf, oie, petit gibier d’eau (canards, cygnes, etc.), qui représentent des apports non négligeables de cholestérol. Et c’est sans compter avec leur accompagnement culinaire associant lait, œufs et graisse ! Quant aux gâteaux, ils étaient couramment faits à base de graisse animale et/ou d’huile !
Les poissons, qui auraient pu réduire ce risque alimentaire (car riches en oméga 3) n’étaient malheureusement que très peu consommés dans l’enceinte du temple, comme le montrent à la fois ces énumérations d’offrandes mais aussi les études archéo-zoologiques. On comprend alors que, dans ces conditions, la morbidité mais aussi la mortalité devaient être assez importantes. On le voit, la mal-bouffe n’est pas un phénomène récent, mais, pour le coup, il s’agit presque d’une maladie professionnelle...
Peut-on dire pour autant que le « petit peuple » (paysans, artisans, manouvriers) était protégé, faute d’une nourriture aussi riche ? Pas si sûr… La précarité, elle aussi, est une grande pourvoyeuse de mort prématurée…
Références
David AR, Kershaw A, Heagerty A. Atherosclerosis and diet in ancient Egypt. Lancet 2010;375:718-719 (à lire en ligne sur ce lien : http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(10)60294-2/fulltext)
Shattock SG. A report upon the pathological condition of the aorta of King Menephtah, traditionally regarded as the Pharaoh of the Exodus. Proc R Soc Med 1909;2:122-127.
Zfeifel L, Büni T, Rühli FJ. evidence-based palaeopathology: meta-analysis of Pubmed-listed scientific studies on ancient Egyptian mummies. Homo 2009;60(5):405-427.
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