Charlier P. (1, 2), Huynh-Charlier I. (3), Brun L. (4), Pannier F. (5)
(1) Service de Médecine Légale et d’Anatomie/Cytologie Pathologiques, Hôpital Universitaire Raymond Poincaré, 92380 Garches (AP-HP, UVSQ).
(2) HALMA-IPEL (UMR 8164 du CNRS), Université de Lille 3.
(3) Service de Radiodiagnostic, Hôpital de la Pitié-Salpétrière, 75013 Paris.
(4) Service d’Anatomie/Cytologie Pathologiques, Hôpital Universitaire, Parakou, Bénin.
(5) Galerie « Le toit du monde », rue Visconti, 75006 Paris.
Présentation
Le chaman tibétain ou d’Asie Centrale utilise, dans son activité magique, divers accessoires : coiffe de plumes ou/et épine de porc-épic, dague rituelle lors de ses prestations et aussi colliers ou tablier à clochettes, conque shankar (gravée ou non) et dyangro (tambour rituel à deux faces). La dague rituelle (phurbu) doit son origine au foudre tibétain de fer ; taillée dans le bois et généralement patinée en rouge ou noir, la lame à trois facettes est traditionnellement ornée de deux serpents entrelacés (type caducée) qu'un oiseau mythique (Garuda) tient dans son bec. Il est souvent surmonté d'en animal totémique ou d'un cavalier mythique chevauchant une sorte de tigre représentant le voyage astral du chaman. C'est la mise en scène du combat du bien et du mal. Le phurbu, véritable « flèche voyageant dans le cosmos », sert fréquemment de manche aux dyangro. A l'aide du gadja (bâton de coudrier), il frappe sur le tambour et peut alors entrer en transe (ce qui lui permet de communiquer avec l'au-delà et de soigner les maux et maladies de ceux qui le consultent).
Dyangro (collection privée)
Matériel et méthode
Il existe un doute théorique sur la nature animale ou humaine de la peau utilisée pour confectionner les dyangro ; des échantillons centimétriques ont donc été réalisés sur 8 tambours conservés dans une collection privée. Ils ont été réhydratés une nuit en formol à 10%, puis inclus en paraffine liquide, sectionnés en coupes de 6 à 10 micromètres, étalés sur lame, déparaffinés, colorés par l’HES (Hématéine-Eosine-Safran) et examinés au microscope optique en lumière directe et polarisée.
Résultats
La totalité des prélèvements examinés s’est révélée être de nature animale, compte tenu de la morphologie des phanères et de la densité pilaire :
- Dyangro A : Quelques hématies brunâtres non nucléées (mammifères) étaient encore visibles (Figure 1), au contact d’un tissu extrêmement fibreux et pauci-cellulaire ; peu de structures pilaires étaient visibles.
Figure 1
- Dyangro B : Le revêtement cutané était caractérisé par une grande densité de poils (Figure 2) ; la répartition des grains de mélanine au sein de la medulla et d’une partie de la corticale était en faveur d’une nature animale et de poils sombres (Figure 3).
Figure 2
Figure 3
- Dyangro C : Les constatations étaient comparables à celles du dyangro B (Figures 4 et 5).
Figure 4
Figure 5
- Dyangro D : La densité pilaire était particulièrement grande (Figure 6), avec une morphologie capillaire et une couleur comparables aux précédents (Figure 7).
Figure 6
Figure 7
- Dyangro E : La densité capillaire était élevée, avec des poils sombres et d’implantation très oblique (Figure 8).
Figure 8
- Dyangro F : La densité capillaire était remarquable, mais la coloration était claire (poils blonds : Figure 9), avec des diamètres variant presque du simple au double. D’importants paquets d’hématies brunâtres non nucléées (mammifères), comparables à celles du dyangro A, ont été observées ; elles étaient dépourvues de tout parasite (Figure 10).
Figure 9
Figure 10
- Dyangro G : La densité et la pigmentation des poils était en tous points comparables à ceux du dyangro F (Figure 11).
Figure 11
- Dyangro H : Il existait une très forte densité capillaire avec une pigmentation modérée (brun clair : Figure 12). En surface, d’innombrables impuretés étaient présentes (poussières, pollens, fibres végétales, etc.).
Figure 12
Synthèse
Au total, l’examen microscopique de ces 8 dyangro a permis de confirmer leur nature animale (vraisemblablement chèvre ou yack), 2 à poils blonds, 1 à poils bruns clairs, 5 à poils bruns foncés ou noirs. Des hématies ont été observées, sans anomalie notable.
(1) Service de Médecine Légale et d’Anatomie/Cytologie Pathologiques, Hôpital Universitaire Raymond Poincaré, 92380 Garches (AP-HP, UVSQ).
(2) HALMA-IPEL (UMR 8164 du CNRS), Université de Lille 3.
(3) Service de Radiodiagnostic, Hôpital de la Pitié-Salpétrière, 75013 Paris.
(4) Service d’Anatomie/Cytologie Pathologiques, Hôpital Universitaire, Parakou, Bénin.
(5) Galerie « Le toit du monde », rue Visconti, 75006 Paris.
Présentation
Le chaman tibétain ou d’Asie Centrale utilise, dans son activité magique, divers accessoires : coiffe de plumes ou/et épine de porc-épic, dague rituelle lors de ses prestations et aussi colliers ou tablier à clochettes, conque shankar (gravée ou non) et dyangro (tambour rituel à deux faces). La dague rituelle (phurbu) doit son origine au foudre tibétain de fer ; taillée dans le bois et généralement patinée en rouge ou noir, la lame à trois facettes est traditionnellement ornée de deux serpents entrelacés (type caducée) qu'un oiseau mythique (Garuda) tient dans son bec. Il est souvent surmonté d'en animal totémique ou d'un cavalier mythique chevauchant une sorte de tigre représentant le voyage astral du chaman. C'est la mise en scène du combat du bien et du mal. Le phurbu, véritable « flèche voyageant dans le cosmos », sert fréquemment de manche aux dyangro. A l'aide du gadja (bâton de coudrier), il frappe sur le tambour et peut alors entrer en transe (ce qui lui permet de communiquer avec l'au-delà et de soigner les maux et maladies de ceux qui le consultent).
Dyangro (collection privée)Matériel et méthode
Il existe un doute théorique sur la nature animale ou humaine de la peau utilisée pour confectionner les dyangro ; des échantillons centimétriques ont donc été réalisés sur 8 tambours conservés dans une collection privée. Ils ont été réhydratés une nuit en formol à 10%, puis inclus en paraffine liquide, sectionnés en coupes de 6 à 10 micromètres, étalés sur lame, déparaffinés, colorés par l’HES (Hématéine-Eosine-Safran) et examinés au microscope optique en lumière directe et polarisée.
Résultats
La totalité des prélèvements examinés s’est révélée être de nature animale, compte tenu de la morphologie des phanères et de la densité pilaire :
- Dyangro A : Quelques hématies brunâtres non nucléées (mammifères) étaient encore visibles (Figure 1), au contact d’un tissu extrêmement fibreux et pauci-cellulaire ; peu de structures pilaires étaient visibles.
Figure 1- Dyangro B : Le revêtement cutané était caractérisé par une grande densité de poils (Figure 2) ; la répartition des grains de mélanine au sein de la medulla et d’une partie de la corticale était en faveur d’une nature animale et de poils sombres (Figure 3).
Figure 2
Figure 3- Dyangro C : Les constatations étaient comparables à celles du dyangro B (Figures 4 et 5).
Figure 4
Figure 5- Dyangro D : La densité pilaire était particulièrement grande (Figure 6), avec une morphologie capillaire et une couleur comparables aux précédents (Figure 7).
Figure 6
Figure 7- Dyangro E : La densité capillaire était élevée, avec des poils sombres et d’implantation très oblique (Figure 8).
Figure 8- Dyangro F : La densité capillaire était remarquable, mais la coloration était claire (poils blonds : Figure 9), avec des diamètres variant presque du simple au double. D’importants paquets d’hématies brunâtres non nucléées (mammifères), comparables à celles du dyangro A, ont été observées ; elles étaient dépourvues de tout parasite (Figure 10).
Figure 9
Figure 10- Dyangro G : La densité et la pigmentation des poils était en tous points comparables à ceux du dyangro F (Figure 11).
Figure 11- Dyangro H : Il existait une très forte densité capillaire avec une pigmentation modérée (brun clair : Figure 12). En surface, d’innombrables impuretés étaient présentes (poussières, pollens, fibres végétales, etc.).
Figure 12Synthèse
Au total, l’examen microscopique de ces 8 dyangro a permis de confirmer leur nature animale (vraisemblablement chèvre ou yack), 2 à poils blonds, 1 à poils bruns clairs, 5 à poils bruns foncés ou noirs. Des hématies ont été observées, sans anomalie notable.
